Contre les bûcherons de la forêt de Gastine

Publié le par Charmille


Ecoute,bûcheron,arrête un peu le bras;
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas;
Ne vois-tu pas le sang lequel dégoutte à force
Des Nymphes qui vivaient dessous la dure écorce?
Sacrilège meurtrier; si on prend un voleur
Pour piller un butin de bien peu de valeur,
Combien de feux, de fers, de morts et de détresses
Mérites-tu, méchant, pour tuer nos déesses?
Forêt, haute maison des oiseaux bocagers!
Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers
Ne paîtront sous ton ombre,et ta verte crinière
Plus du soleil d'été ne rompra la lumière.
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Tout deviendra muet, echo sera sans voix;
Tu deviendras campagne,et, en  lieu de tes bois,
Dont l'ombrage incertain lentement se remue,
Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue;
Tu perdras le silence,et haletants d'effroi
Ni Satyres ni Pans ne viendront plus chez toi.
Adieu,vieille fôrêt, le jouet de Zéphire,
Où premier j'accordai les langues de ma lyre,
Où,j'entendis les flèches résonner
D'Appolon, qui me vint tout le coeur étonner.

Pierre de Ronsard

Publié dans Paysages

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